Les Dragons               DUCASSE DE MONS - DOUDOU - COMBAT DIT LUMECON

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INTRODUCTION

 

Le dragon est présent dans les mythes et les légendes de presque tous les peuples du monde. Le combat que l'on livre contre cet être fabuleux est un thème universel et récurrent qui remonte à la nuit des temps. Exprimant au départ la lutte des hommes contre les éléments et la nature hostile qu'il faut maîtriser, le duel revêt très tôt un aspect plus spirituel. Symbolisant la quête de l'homme pour son accession à la connaissance, à l'immortalité, à la sagesse ou au ciel, cette confrontation se résout la plupart du temps par une victoire de l'homme ou du dieu sur la bête. Autrement dit, c'est toujours le «bon» ou le bien qui gagne. En ce sens, la symbolique du dragon médiéval n'est pas différente de celle des époques précédentes car elle en est directement issue.

On ne parle pas de génération spontanée. Les Babyloniens avaient déjà leur héros, Mardouk, qui parvint à dominer le Chaos primordial représenté par le dragon Tiamat. Plus tard, les récits bibliques reprirent ce mythe où seul les noms ont été changés. Mardouk y devient Yahvé et Tiamat, Léviathan. Cette histoire inspira à son tour la mythologie grecque où Zeus a le dessus sur Typhée (Typhon) et Apollon sur Python. Exaltation de l'intelligence et de l'esprit, condamnation de la matière.

Au Moyen Age, ces mythes gardent leurs fond et forme. Le christianisme les reprend à son compte et les adapte, j'oserais dire les manipule, pour mieux servir sa cause. Le héros, un saint ou un chevalier, digne représentant de Dieu ou du Bien, affrontera, dans une multitudes de versions différentes, des dragons de toutes sortes qui personnifieront Satan ou le Mal.

La symbolique du dragon dans la religion chrétienne est assimilée à celle du serpent. Notons que dans certaines langues, il n'existe qu'un seul terme pour désigner ces deux créatures.

L'intérêt que l'on a de tous temps porté aux dragons commencera à décliner vers la fin du Moyen Age.

 

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Le dragon de Saint Georges

 

Un jour, Georges arriva dans une ville de la Libye nommée Silène (Silcha). Or, dans un étang voisin de la ville habitait un dragon effroyable qui, maintes fois, avait mis en déroute la foule armée contre lui. Parfois, il s'approchait des murs et empoisonnait de son souffle tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Pour apaiser la fureur de ce monstre et l'empêcher d'anéantir la ville entière, les habitants lui offraient, chaque jour, deux brebis. Mais bientôt le nombre de brebis se trouva si réduit que force fut aux habitants de tirer au sort une créature humaine et aucune famille ne fut exceptée de ce choix. Et déjà, presque tous les jeunes gens de la ville avaient été dévorés lorsque, le jour de l'arrivée de saint Georges, le sort désigna pour victime, la fille unique du roi.

Vêtue d'une robe de mariée, attachée à un rocher aux marches de la ville, la princesse attend donc la mort. Georges pose d'abord une condition avant d'en finir avec le monstre: Il ne tuera le dragon que si le peuple se convertit au christianisme. Contraint, le peuple se soumet à cette demande et on baptisa quinze mille habitants sur-le-champ. Alors que dans la légende orientale Georges terrasse tout simplement le dragon avec sa lance (parfois avec son épée) comme tout légionnaire romain qui se respecte, dans la Légende dorée, l'arme de l'exploit est un signe de croix

...Le dragon souleva sa tête au-dessus de l'étang, et saint Georges, après être monté sur son cheval et s'être muni du signe de la croix, assaillit bravement le dragon qui s'avance vers lui. Il brandit haut sa lance, fit au monstre une blessure qui le renverse sur le sol. Et le saint dit à la princesse: "Mon enfant, ne crains rien et lance ta ceinture autour du cou du monstre!" La princesse fit ainsi et le dragon, se redressant, se mit à la suivre comme un petit chien qu'on mènerait en laisse.

La bête fut ensuite conduite par la princesse jusqu'à la ville où elle fut décapitée.

Saint Georges fut persécuté en tant que chrétien sous Dioclétien et Maxime. Les actes de ce martyre rédigés au VIe s. par Pasicrates sont apocryphes.


La Bête-Rô

La Bête-Rô qui sévissait aux environs de La Rochelle était "un affreux dragon à la queue écailleuse, au thorax ailé, qui possédait une intelligence presque humaine et s'en servait pour tendre des pièges aux hommes, sa principale nourriture."

La Grande goule (grand'goule)

La grand'goule de Poitiers a deux serres, une queue à pinces de crabe et deux grandes ailes. Selon H. Dontenville elle aurait plutôt une queue ouverte fortement édentée.

 

 

 


Le Graouli

(graouilly ou graouilli)

Le graouli est un dragon à bec de canard, qui n'a que deux pattes. Il fut mis à mort par saint Clément.

 

 

 


La Tarasque

Tarascon est situé en bordure du Rhône, à la croisée des chemins entre Avignon, la Camargue et le Lubéron. C'est là, qu'au début de notre ère, sévissait La Tarasque.

La Tarasque est un monstre amphibie dont l'aspect est décrit en détail dans "La légende dorée" de Jacques de Voragine.

Il y avait à cette époque [...] un dragon moitié animal-moitié poisson, plus épais qu'un boeuf, plus long qu'un cheval avec des dents semblables à des épées et grosses comme des cornes, qui était armé de chaque côté de deux boucliers."

Dans l'iconographie chrétienne, la Tarasque est plutôt représentée comme un monstre à tête de lion dont le dos est couvert d'épines possédant six pattes avec des griffes et une queue de serpent.

Toujours d'après de Voragine:

[Le monstre] était venu par mer de la Galatie d'Asie; [il] avait été engendré par Léviathan, serpent très féroce qui vit dans l'eau, et d'un animal nommé Onachum, qui naît dans la Galatie.

La Tarasque répandait la terreur autour de Tarascon. Hantant le Rhône, la bête perturbait la navigation et se plaisait à faire chavirer les navires. Lors de ses incursions sur les rives du fleuve, au temps où la forêt était encore dense, elle dévorait moutons, enfants et bergers.

C'est à sainte Marthe que revient l'honneur d'avoir dompté le dragon


Le dragon de Komodo

L'existence du varan de Komodo est rapportée pour la première fois au début du siècle, par deux pêcheurs de perles hollandais, messieurs Kock et Aldégon. Lors d'un voyage en Indonésie, ils se seraient trouvés en face de cette bête horrifiante et le sang se glaça dans leurs veines. Pour des Européens, la surprise était totale mais les indigènes connaissaient bien le monstre. Ce sont eux qui apprirent aux pêcheurs que la bestiole qu'ils ont rencontrée s'appelle "ORA" dans la langue de l'endroit et qu'elle est si féroce qu'elle peut terrasser un boeuf et même s'attaquer à un homme.

En 1910, les pêcheurs transmettent ces propos inquiétants au gouverneur Van Hensbroek, affirmant qu'ils ont eux-mêmes aperçu ce "lézard mangeur d'hommes long de sept mètres". Ainsi naît la légende.

En 1912, P.A. Ouwens, directeur du Musée de Buitenzorg de Java, tente de rétablir les faits en dressant un profil scientifique du Varanus Komodoensis mais, rien n'y fait: les hommes préfèrent les légendes... Le dragon de Komodo conserve encore aujourd'hui sa réputation de monstre mangeur d'hommes et sa langue bifide qu'il darde à la manière d'un fouet y est sans doute pour quelque chose. En réalité, le varan n'est dangereux que s'il se sent menacé.

 

 


LES SAUROCTONES

Le sauroctone est littéralement, en grec, un "tueur de lézards, de sauriens". Autrement dit un exterminateur de dragons, aussi bénéfique pour la société que l'étaient les tueurs de géants.

Il s'agit là d'un des grands thèmes de la mythologie universelle. Apollon en est le prototype : en terrassant à Delphes Python, la montrueuse fille de Gaïa, il supplante les forces obscures et fait triompher le culte de la lumière. Hercule s'est lui aussi distingué dans cette discipline, entre autres en venant à bout de l'Hydre de Lerne aux multiples têtes. Et le Yahwé biblique n'échappe pas au genre, si l'on en croit Ésaïe (27/1) : " En ce jour, l'Éternel frappera de sa dure, grande et forte épée le léviathan, serpent fuyard, le léviathan, serpent tortueux ; et il tuera le monstre qui est dans la mer. "

Les sauroctones ne manquent pas sur notre territoire. Le saint Michel de l'Apocalypse et le saint Georges de Cappadoce (qui s'est fait un émule homonyme dans le Velay) y sont partout révérés, et sainte Marguerite d'Antioche, qui fut avalée par un dragon avant d'en déchirer le ventre en brandissan la croix et d'en ressurgir indemne, y est fréquemment invoquée pour bénéficier d'un heureux accouchement. Mais la mythologie gauloise n'a sans doute pas attendu les apports extérieurs pour en offrir des exemples : les traditions populaires ou littéraires nous ont transmis quelques figures de tueurs de dragons, à commencer par le roi Arthur qui affronte, sans succès il est vrai, le dragon de Plestin-les-Grèves, mais qui est réputé en avoir détruit d'autres. Tristan abat le Morholt, et c'est en annihilant le dragon de l'île Volcano que le magicien Maugis conquiert le cheval Bayart. Les trois chevaliers de Miséricorde débarrassent les abords de Nantes d'une bête malfaisante, et les sept héros idolâtres maîtrisent la Bête-Rô à Aytré, près de La Rochelle.

Mais la grande majorité des sauroctones reconnus dans les divers points de France se sont trouvés christianisés et sanctifiés. Ils en sont venus à symboliser la victoire sur les anciennes croyances païennes (ce qui explique qu'il s'agit souvent d'évêques, garants du nouvel ordre religieux et social), ce qui rejoint une des clefs de la sauroctonie en général : les forces obscures, brutales, chtoniennes, maîtrisées par le progrès de la civilisation ; ou bien encore un ordre social matriarcal archaïque supplanté par le nouvel ordre patriarchal. Ils peuvent aussi, et en même temps, témoigner du combat contre les menaces naturelles (inondations, épidémies ...) qui mettent en danger la communauté. Tout en suivant un modèle récurrent, chacun d'eux s'intègre dans un contexte local et parle d'un lieu précis, en référence à son histoire et à son implantation dans le paysage.

C'est ainsi que certains thèmes se retrouvent régulièrement associés aux récits de sauroctones : le dragon gite dans des zones sauvages, marécageuses, inondables, au pied d'une éminence où il trouve un refuge souterrain ; le saint personnage est secondé par un larron, un condamné qui, représentant le peuple, gagne ainsi à ses côtés sa grâce et son salut ; le dragon, plutôt qu'être abattu, est souvent renvoyé dans le domaine qui lui est réservé : au-delà, sous la terre ou sous les eaux, avec injonction de n'en plus sortir. Il y a là nécessité de marquer les limites, tout en reconnaissant que le dragon détient des forces, terribles sans doute, mais qui peuvent s'avérer utiles, et que son énergie peut être mise à contribution. Ce serait une erreur, à supposer que cela soit possible, de l'annihiler : à Delphes, on continuait à se rendre au fond de la caverne pour consulter la Pythie qui avait pris la succession de Python. De même, nombre de villes processionnaient des effigies de dragons en les invoquant pour la fécondité (on parlait de la Grand'Goule, à Poitiers, comme de la "Bonne Sainte Vermine"). Et l'on exposait victorieusement sur les murs de certaines églises, comme à Saint-Antoine d'Arles, dans l'église de Nanteuil à Montrichard ou dans la Sainte-Chapelle à Paris, et encore aujourd'hui à Oiron des carcasses de crocodiles, sans doute ramenées de contrées lointaines, mais qui étaient réputées être celles de monstres ayant dévasté la région.

Nicole Belmont, introduisant les "Dragons processionnels", résume bien la nature et la fonction des sauroctones : " La légende et la cérémonie processionnelle racontent tout à la fois le triomphe du christianisme sur le paganisme, l'instauration de la ville et de son ordre dans un environnement hostile désormais maîtrisé, l'évocation de ces forces natuelles dangereuses certes, mais porteuses de fécondité, qu'elles renouvellent périodiquement au profit de la cité dont elles sont de ce fait l'emblême ambivalent. " Et elle insiste, avec J. Le Goff, sur leur caractère proprement urbain : " La fondation des cités s'accompagne d'une nécessaire maîtrise, voire d'un exorcisme, des forces, des violences, de la nature. "

Les exemples en sont innombrables dans les vies des saints, au temps où les dragons prospéraient encore. Ils sont attachés à certains lieux, qu'ils ont en quelque sorte christianisés, civilisés. On peut juste citer les principaux sur notre territoire :

Saints Agricol (Avignon), Amand (Tournay), André (Villiers-sur-Loir), Aredins (Gap), Armel (Ploërmel), Armentaire (Draguignan), Arnel (Vannes), Bertrand (Saint-Bertrand-de-Comminges), Bienheuré (Vendôme), Clément (Metz), Derrien et Neventer (Landerneau), Donat (Sisteron), Dié (Saint-Dié), Dyé (Saint-Dyé-sur-Loire), Efflam (Plestin-les-Grèves), Florent (Anjou), Front (Lalinde), Georges (Velay), Germain d'Auxerre, Germain d'Ecosse (Flamanville), Hilaire (Poitiers), Jacques (Aix-en-Provence), Jean Abbé (Tonnerre), Jouin (vallée de la Dive, dans les Deux-Sèvres), Julien (Maine et vallée du Loir), Liphard (Meung-sur-Loire), Loup (Troyes), Marcel (Paris), Martial (Bordeaux), Martin de Vertou, Mauront (Saint-Florent-le-Vieil), Méen (vallée de la Loire), Mesmin (aval d'Orléans), Neventer et Derrien (Landerneau), Nicaise (Rouen), Nicaize (Moret-sur-Loing), Ortaire (Normandie), Paul (Lyon), Pavace (Maine), Pol-Aurélien (île de Batz), Quiriace (Provins), Romain (Rouen), Samson (estuaire de la Seine), Saturnin (Bernay), Saulve (Montreuil-sur-Mer), Tugdual (environs de Tréguier), Véran (Fontaine-de-Vaucluse), Victor (Marseille), Vigor (Bayeux), ainsi que saintes Marthe (Tarascon) et Radegonde (Poitiers), et que quelques personnages qui n'ont pas été sanctifiés : un jeune clerc à Montrichard, un soldat condamné pour désertion à Niort ...

 

 

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